Je l'ai entr'aperçu ce soir. Un instant. L'instant où il quittait cette boite de merde où je ne suis allée que pour le voir. J'étais venue lui dire je t'aime, juste je t'aime et reviens ? Je l'ai vu, j'ai voulu courir vers lui... Mais son dos qui s'éloignait avait quelque chose de fatal. Je suis restée clouée sur place, avec ma coupe de champagne qui tremblait dans ma main, et j'ai laissé partir un rêve en me disant que ça valait mieux pour lui.
Je suis hantée par notre dernière entrevue. L'impression d'avoir commis quelque chose d'irréparable.
C'est Cyril qui vient d'entrer dans la pièce et s'approche de moi. Il me prend dans ses bras, et je pense à d'autre bras. Où es-tu, mon amour ? Est-ce que tu dors comme un bébé dans ton grand lit tout blanc ? Ou comme moi, y a-t-il des bras qui t'enserrent et dont tu ne peux pas te dégager, une bouche qui recherche la tienne, un souffle dans le quel tu tentes de retrouver le mien ? Tu fermes les yeux et tu penses à moi. Ton visage contre le mien, tes cils effleurant mon front. Je reconstitue tes traits à l'aveuglette en les caressant doucement. ton nez. Tes yeux. Ta bouche. Ta bouche... Nos lèvres qui se touchent en un baiser indicible. De plus en plus vite, de plus en plus fort. Tu me portes et m'emmènes. J'ai les yeux fermés, mais ça ne me gêne pas pour arracher les boutons de ta chemise en m'y cassant les ongles. C'est comme à chaque fois... Je renverse la tête en arrière et je ris, je ris de joie, de bonheur d'être avec toi, contre toi. Nos jambes entrelacées, tes lèvres, brûlant mon cou. Une main dans tes cheveux, l'autre qui s'attaque à ta ceinture et qui l'envoie voler à l'autre bout de la pièce, avec le reste. Je suis pressée et toi aussi. Des contorsions sans nom pour me débarasser de mon jean sans cesser de t'embrasser. J'ai l'impression que, si je te perds un instant, je te perds pour toujours. "Je t'aime" crient mes muscles tendus dans les efforts que je fais pour que tu atteignes la jouissance suprême. Je te possède entièrement, et je suis à toi, et je suis heureuse.
J'ouvre les yeux. Le visage de Cyril, haletant à deux centièmetres du mien. Ses mains sur moi. Je suis assise sur le rebord du jacuzzi, il est debout.
- Dégage ! Dégage !
C'est moi qui ai crié.
Il ne comprend pas. Ramasse ses fringues et disparait en refermant la porte derrière lui. Je suis à poil sur ce jacuzzi de merde.Je vois l'aube poindre derrière les stores baissés. Mon rêve brisé me remplit la gorge, explose en larmes brûlantes. Je ne sais pas combien de temps je vais rester là, à pleurer en silence, à contempler mon désespoir. Ce n'est pas lui......